Parfois, je parviens à me dire : voilà, c’est fini, je crois que c’est fini. Parfois, je crois qu’elle s’éloigne enfin. Que son spectre s’en va. Celui que je m’étais fabriqué après son départ, en ...
Maintenant, elle voulait partir. Paris ne lui disait plus rien. J’étais inquiet. Depuis quelques semaines elle avait commencé de s’étioler, voûtée sous la charge d’une blessure invisible et ...
Elle m’a embrassé mais je pensais à autre chose car j’étais ailleurs, dans une forme de désarroi. Ma distraction ne lui a pas échappé. Aude et son inquiétude. Ça revenait. En très peu de temps ça ...
Bien sûr, par hasard, il m’arrive encore de repasser par la rue Bobillot. Cet immeuble beige, daté déjà, avec des stores aux couleurs passées et des portes vitrées en bas. Juste après il fallait ...
Je vais avoir quarante ans. Cette phrase, au fond, ne signifie pas grand-chose. Et cependant j’ai des choses à dire. J’écris ces lignes place de l’Odéon et je songe, par exemple, qu’après ma ...
Peut-on dire que Clotilde vous hante ? Oui, c’est cela, elle me hante. C’est, je crois, le mot qui convient le mieux à ce que je ressens. Je ne parviens pas à m’en débarrasser. Enfin, parvenir, ...
J’aurais dû lui interdire de mourir. Je n’ai pas été capable de l’en empêcher. _________________________ Qui était-elle, au fond ? Cette lumière que je lui prêtais, en avais-je surévalué l’éclat ...
« Si je le revoyais aujourd’hui, je ne crois pas que cela me rendrait heureux. J’en ai même la certitude. Peut-être est-ce que je redoute cette confrontation. Car cela ne pourrait donner lieu qu’à ...
Tout d’abord, j’ai aimé admirer. Mais très vite, cela n’a plus été suffisant. Au vrai, je n’ai pas appris à aimer, pas plus que je n’ai appris à vivre ; je ne pourrai donc désapprendre ni l’un, ni ...
Etre seul. Aimer cela. Ne pas le redouter. Apprendre à l’espérer. Ne pas le regretter. Ne pas en rêver. Ne pas en avoir peur. Survoler cette peur. En juguler les schèmes. Cela s’apprend. Se ...
Maintenant, je pose sur ma propre vie, sur mon passé, sur ce que j’ai fait, sur ce que j’aurais pu faire, sur ce à quoi j’ai renoncé, un regard comme soudoyé par l’âge. Je suppose que cela relève ...
J’ai disparu. Comment peut-on disparaître d’une mémoire, évacuer, ne plus être là ? Est-ce une façon de mourir ? Il s’agit de ne plus compter, de ne plus hanter, de ne plus importer, de ne plus ...
Ordinairement, j’aime les ventes aux enchères. C’est un théâtre où l’on disperse avec une allégresse formatée des vies, des passions, des rêves, des drames oubliés. J’en suis volontiers et ...
Ce jour-là, j’avais décidé d’aller revoir, une fois de plus, le beau documentaire que Pierre Thorreton a consacré à Yves Saint Laurent et Pierre Bergé. J’avais prévu de me rendre à l’Arlequin, rue ...
- Comment décide-t-on de clore tout un chapitre de sa propre vie ? Au vrai, c’est plus simple que ça en a l’air. C’est une question de temps, de maturité. Il y a des souvenirs qui vous ...
Les nuits de pluie, comme celle-ci, bercent amplement la mélancolie. Qu’est-ce que la mort, au fond, si ce n’est l’oubli ? Et cependant, la mémoire, ce n’est pas la vie. Enfin, pas tout à fait la ...
Octobre. Et voici que s’enrichit sans trêve le catalogue de mes regrets. Il faudrait tout faire pour leur échapper. C’est peu dire qu’il n’est pas facile d’y parvenir. Octobre, et je reste là. Je ...
Et puis, peu à peu, la vie se met à redescendre. La solitude apparaît, et avec elle tant de promesses absurdes, qui sont celles de la survie. La mémoire renonce à sa solidité. Nous devenons ce que ...
Ce qu’il m’en reste. Ses gestes. Sa nervosité. Son inquiétude. Son absence. Sa pâleur. Ses colères rentrées. Son impatience. Sa douceur. Ses crépuscules. Son pessimisme. Sa radicalité. Son absence ...
Revenir sur ses pas. La ligne de Sceaux, qui ne s’appelle plus ainsi depuis longtemps. Une vieille rame de RER, modèle MI79, fanée par l’usage, et dans laquelle j’ai possiblement voyagé, il y a ...
La vie s’écoule et me redessine Je n’ai pas cessé d’attendre J’ai longuement regardé en moi, ce qui a à peine eu lieu J’ai réfléchi les drames, l’incandescence du souvenir J’ai, peu à peu, tenté ...
Il faudrait parler d’elle, maintenant que je ne peux plus la regarder. Il faudrait, non, ce n’est sans doute pas la formule qui convient. J’ai envie de parler de Sandra, je n’ai envie que de ça. ...
J’aime attendre. L’attente est un luxe puisqu’elle suppose une disponibilité de plus en plus rare. Cependant il ne faut pas attendre n’importe quoi ; l’introuvable idéal, naturellement, est de ...
Je nage en une solitude exquise, loin des soucis ordinaires. Des heures se passent à observer, regarder, comprendre, me rappeler. Des heures se passent à écouter le temps, le temps qui tout à la ...
J’écris sur une image, cette image qui est un portrait, sans pouvoir la montrer, cette image invisible, cette photo qui est ici. Ici, dans la rumeur d’un cœur silencieux. Le noir et blanc lui va ...
Parfois, la nuit est un phare en ce qu’elle éclaire des parts insoupçonnées de l’âme, des souvenirs en friche, des rêves empoussiérés d’oubli, des provinces obscures de notre mémoire. Parfois, la ...
Peut-être, ça finit dans le désordre et la folie. Peut-être, ça finit comme un début de printemps, un printemps à Paris, une saison propagée pour effacer les blessures qui se referment dans le ...
Sandra ne m’avait pas beaucoup parlé de ses amours de vacances. Et de mon côté, je n’y avais pas prêté grande attention. Jusqu’alors, ce n’avait pas été la séquence la plus captivante de sa vie. ...
Peut-être Christine Orban a-t-elle raison, peut-être n’aime-t-on jamais que des personnes inventées, des êtres qui n’existent pas dans la réalité parce qu’ils sont avant tout le résultat de nos ...
Je n’écris plus assez. Un indice : mon stylo a besoin de plusieurs sollicitations pour parvenir, enfin, à exhaler quelques phrases. Au vrai, je me trouve à peu près dans le même état que lui : les ...
J'ai toujours pensé que Sophie en savait plus sur Sandra que moi-même. En un sens, c'est normal, mais d'un autre côté elle nous a quittés tous les deux, entre beaucoup d'autres. Rien de ce que ...
Vous savez, au bout de trois, quatre jours, après l'attente, la vaine attente, après avoir appelé tous les numéros de son répertoire, et du mien, y compris ceux de gens à qui je n'avais plus ...
J’ai écrit Poésie de l’indifférence pour me libérer d’un visage, qui m’a hanté pendant quinze ans avant de devenir celui d’Aude ; Le nombril de Marine au-dessus des fougères avec l’inquiétante ...
29 janvier 1974 Hier soir, Valéry Giscard d’Estaing s’est couché tard. Le ministre des Finances est revenu d’un déplacement en province avec le président. Un quart de siècle plus tard, il ...
"La mythologie de l'adolescence conduit au gâtisme" (Paul Guimard - Les choses de la vie). C'est le genre de filles dont nos anciens camarades de collège et de lycée peuvent se dire, en ...
"Il est des rencontres fertiles qui valent bien des aurores" (lettre de René Char à Albert Camus - octobre 1947). Quand vous la rencontrerez, si vous la rencontrez, vous verrez avant tout des ...
C'est dans le silence que je te retrouve à présent. Dans le silence des lignes, des phrases et des mots qui se périment lentement, qui s'usent au contact du monde réel, de sa dureté, de sa ...
Il y avait si longtemps que Sandra avait disparu. Les choses n’étaient plus les mêmes. Je la photographiais des yeux. L’été se résumait en elle. Dans son absence, il y avait de l’angoisse et de ...
Cet après-midi là Axelle se reposait chez vous, après trois jours passés près de sa fille. Le taxi vous a déposé à trente mètres de la maison. Il était quelque chose comme six heures du soir. Vous ...
La nuit était une soute. Doucement elle vous enveloppait ; elle ressemblait à un linceul prévu pour quelqu’un d’autre ; quelqu’un que vous aimiez. Au bout d’un couloir, dans cet autre pavillon de ...