Partager l'article ! Le dernier moi: Maintenant, je pose sur ma propre vie, sur mon passé, sur ce que j’ai fait, sur ce que j’aurais pu faire, sur ce à quoi ...
Maintenant, je pose sur ma propre vie, sur mon passé, sur ce que j’ai fait, sur ce que j’aurais pu faire, sur ce à quoi j’ai renoncé, un regard comme soudoyé par l’âge. Je suppose que cela relève de l’inévitable, qu’il est impossible de faire autrement. Je voudrais ne pas être paralysé par la vitesse des choses qui, déjà, me fascine au-delà du raisonnable. Continuer d’entreprendre, d’imaginer, de vénérer le hasard, de ne pas négliger le luxe introuvable de la fuite. Poursuivre et, ce faisant, se poursuivre soi-même.
Ces derniers temps, ma propre précarité, si je ne l’ai pas perdue de vue, m’importe moins. Je me suis confortablement installé dans ce paradoxe : apprendre à vieillir en négligeant ma propre finitude. Découvrir, comme l’écrivait Bernard Giraudeau, que la mort nous tient la main depuis le premier jour, et s’apercevoir qu’au vrai il ne s’agit pas d’une découverte mais d’une évidence ensevelie par les oripeaux successifs d’une vie excessivement tournée vers les fourgons d’une mémoire chancelante, vers l’étroite totalité de mes rumeurs intimes ; et que, comme il s’agit d’une évidence, ce qu’elle nous enjoint c’est de ne pas nous évertuer à en déceler les indices – il n’y en a plus aucun à découvrir – mais, moins facilement sans doute, de vivre.
C’est-à-dire, s’efforcer de quitter les refuges qui, selon les jours, se nomment remords, nostalgie, rêves immobiles, visages idéalisés, péremption des hypothèses, reliquaires du doute.
C’est-à-dire, débarrasser sa propre réalité de tout ce qui a pu l’embellir, avant de l’affronter, jusque dans ses incandescences.
C’est-à-dire, trouver en soi le courage le plus brûlant et le plus redoutable, qui consiste à ne pas déguiser en tragédie ce qui relève du logique dépouillement de l’existence, et d’utiliser le précieux temps ainsi gagné au troublant devoir d’être heureux.
Le temps qui reste : ne pas ralentir ; accélérer. Ne pas se perdre ; se trouver. Moins se souvenir ; mais ne rien oublier.
| Février 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | ||||||||
|
||||||||||